Esclave de l’ultra-performance des privilégiés

Avant le début de la pandémie, j’évoluais dans un milieu où le télétravail était un modèle quasi utopique. On entendait bien que “certaines entreprises” offraient le droit à leurs collaborateurs de travailler à la maison. On ne se le cachera pas, je voyais surtout ça comme des vacances.

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Photo de Paolo Nicolello sur Unsplash

Et début 2020, un virus s’est répandu partout dans le monde et à tout changé!

L’achat en ligne est devenu la norme. Les commerces qui n’avaient pas franchi le pas ont eu des cours en accéléré de “e-commerce”. Uber eats, Doordash, etc. sont devenues le moyen moderne “de se faire un petit restau”. Faire son épicerie en ligne, la “nouvelle normalité”. La distanciation physique est tellement bien ancrée dans mon cerveau, que je me surprends maintenant à regarder des foules à la télé avec un certain dégoût!

Et je télétravaille! Youhou!!! La paix, la vie relaxe et plus de temps pour moi.

Et après 10 mois consécutifs de travail à la maison, je me rends compte que sur certains aspects j’ai gagné en qualité de vie. Surtout l’hiver, où je n’ai plus à sortir lorsqu’il fait -40°C, mais ça s’arrête là. Mais en contrepartie j’ai développé ce sentiment de devoir compenser cette qualité gagnée et d’en donner beaucoup plus.

Vous connaissez la loi de Parkinson?

« Plus on a du temps pour réaliser une tâche, plus cette tâche prendra du temps »

Je reformulerai dans mon contexte par.

« Plus on a du temps pour travailler, plus on se sent obligé de le prendre »

Alors j’ai commencé à culpabiliser en voyant toutes ses entreprises fermer leurs portes et certains de mes proches, perdre leurs emplois. Je me disais « je suis chanceux, j’ai encore un job! » alors j’en donnais plus, plus d’heures. Et n’imaginez pas qu’on peut demander à son patron de payer ces heures, rappelez-vous, qu’on se considère « chanceux ». Alors on ajoute, 1h de travail à ses journées. C’est normal finalement, car on le perdait de toute façon dans le transport le matin et le soir. Et finalement, on ne prend plus les pauses pour le dîner, le café ou les petites rencontres informels qui favorisent l’esprit d’équipe. On n’a pas le temps, on est en télétravail et on est chanceux d’avoir encore un emploi!

Je me surprends même maintenant à travailler pendant que je travaille!!! Oui, oui! Comment? Bien vous savez toutes ces rencontres inutiles auxquels il faut impérativement assister? Ces PowerPoints endormant de Robert? Ces rencontres d’échange de projet où seul Paul parle plus de ce qu’il a à faire que de le faire réellement? Vous me comprenez? Pendant ces heures de temps de travail « mal optimisées », moi je travaille!

Aujourd’hui, je débute mes vacances du temps des fêtes. Et je suis en train d’écrire ces lignes et je me demande ce qu’il va arriver en 2021. Le vaccin, s’il est efficace, nous permettra de revenir à une « certaine » normalité. Mais au niveau de mon temps travaillé, de ma qualité de vie au travail est-ce que ça va revenir comme avant? Mon employeur nous a déjà dit que le télétravail était là pour rester. J’arrête ma réflexion pour vous poser une question, vous connaissez le syndrome de Stockholm?

Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie.

Je ne dis pas que mon employeur m’a kidnappé, mais je le soupçonne d’avoir bien compris que ses collaborateurs performants l’étaient encore plus à la maison et qu’ils avaient le sentiment d’être redevables. Et que ceux qui étaient performants avant sont maintenant devenus « ultra performant . Et c’est en ça que je fais un lien avec le syndrome de Stockholm.

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Photo par David Rodrigues sur Unsplash

Vous connaissez les athlètes de haut niveau dans les sports de compétition? Est-ce qu’ils restent à ce niveau jusqu’à la mort? Est-ce qu’ils prennent leurs retraites à 65 ans? Bien sûr que non, car « l’ultraperformance » n’est pas humainement soutenable dans une vie entière.

Tout ceci m’inquiète, pour l’avenir des travailleurs!

Written by

Mat (alias prof du web) évangéliste infonuagique et humain à ses heures.

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